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ETRE ICI EST UNE SPLENDEUR, Vie de Paula M. Becker - Marie Darrieussecq

Le mot de l'éditeur :

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.  Paula Modersohn-Becker est une artiste allemande de la fin du XIXème siècle, peintre, célèbre en Allemagne et dans beaucoup d'autres pays au monde, mais à peu près inconnue en France bien qu'elle y ait séjourné à plusieurs reprises et fréquenté l'avant-garde artistique et littéraire de son époque. Née en 1876 et morte en 1907 des suites d'un accouchement, elle est considérée comme l'une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste allemand. La biographie que lui consacre Marie Darrieussecq (nouveau territoire pour l’auteur de "Il faut beaucoup aimer les hommes") reprend tous les éléments qui marquent la courte vie de Paula Modersohn-Becker. Mais elle les éclaire d’un jour à la fois féminin et littéraire. Elle montre, avec vivacité et empathie, la lutte de cette femme parmi les hommes et les artistes de son temps, ses amitiés (notamment avec Rainer Maria Rilke), son désir d’expression et d’indépendance sur lesquels elle insiste particulièrement.

 

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Je me souviens avoir entendu un journaliste littéraire à la radio, interrogé sur cet ouvrage. Je ne l'avais pas encore lu. Il disait son agacement face aux partis pris de cette biographie, au discours "féministe" & anachronique de l'auteur évoquant une femme & des hommes qui, ma foi, vivaient dans leur temps. Mouais, m'étais-je dit. Pas très convaincant tout ça, j'attends de voir mais... Darrieussecq n'a pas écrit une notice biographique pour un dictionnaire des artistes peintres allemands du XIXe. Elle a le droit d'orienter son propos. & puis, j'imaginais bien déjà, avant de la lire, que cette Vie de Paula M. Becker n'avait pas pour objectif de dénoncer la place réservée aux femmes dans la société de l'époque & les rapports hommes/femmes mais plutôt de mieux révéler comment, dans ce terreau, le talent de cette peintre a poussé de façon particulière, a été attisé. Comment, quand presque tout vous est interdit de ce qui vous attire, vous pouvez justement trouver plus sûrement la force d'imposer votre besoin, d'exprimer votre vision, de proposer un regard inédit & puissant. 

J'ai eu confirmation de tout cela en lisant cette brève biographie qui est tout sauf neutre pour une raison simple : son auteur s'est impliquée dans cette vie qu'elle narre. Elle veut redonner vie, elle veut rencontrer, peindre, souffrir, jouir avec, partager. Le partage se prolonge même au-delà du livre puisque Marie Darrieussecq est à l'origine de l'exposition des oeuvres de Paula Modershon-Becker au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Elle n'imaginait pas ne pas proposer ce prolongement, ne pas permettre à chacun de s'impliquer à sa façon dans une oeuvre saisissante, qui regarde en face & sans fard, dans la puissance du dénuement.

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La première année de mon mariage, j'ai beaucoup pleuré, et des sanglots comme ceux de l'enfance. [...] L'expérience m'a enseigné que le mariage ne rend pas plus heureuse. Il ôte l'illusion d'une âme soeur, croyance qui occupait jusque-là tout l'espace. Dans le mariage, le sentiment d'incompréhension redouble. Car toute la vie antérieure au mariage était une recherche de cet espace de compréhension. Est-ce que ce n'est pas mieux ainsi, sans cette illusion, face à face avec une seule grande et solitaire vérité ? J'écris cela dans mon carnet de dépenses, le dimanche de Pâques 1902, assise dans ma cuisine à préparer un rôti de veau.

p.72.

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Elle meurt d'une embolie d'être restée couchée. En s'écroulant, elle dit "Schade." C'est son dernier mot. Ca veut dire dommage.

J'ai écrit cette biographie à cause de ce dernier mot. Parce que c'était dommage. Parce que cette femme que je n'ai pas connue me manque. Parce que j'aurais voulu qu'elle vive. Je veux montrer ses tableaux. Dire sa vie. Je veux lui rendre plus que la justice : je voudrais lui rendre l'être-là, la splendeur.

p.136-137.

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Pour en savoir plus : la page de l'éditeur.  

Etre ici est une splendeur - Vie de Paula M. Becker, Marie Darrieussecq, P.O.L., 2016  est bien sûr à la médiathèque.

Nathalie

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