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"ça nous a plu !"

  • PHALLAINA, Marietta Ren - Bande défilée

    OUVERTURE DU CHAMP DES POSSIBLES EN LITTÉRATURE GRAPHIQUE

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    Phallaina n'est pas une simple bande dessinée numérique, c'est une bande défilée, conçue pour le support tablette, j'ai enfin pris le temps de la lire, le procédé est très convaincant, on va à son rythme ou plutôt on se coule intuitivement dans le rythme imposé par l'histoire, liquide, lent, entre deux mondes, bande-son discrète mais hypnotique aidant...
    Elle est téléchargeable gratuitement (http://phallaina.nouvelles-ecritures.francetv.fr/), elle est visible sur les tablettes de la médiathèque (elles-mêmes consultables aux heures d'ouverture pour tous les abonnés), vous trouverez une présentation plus complète .

    VOILA! VOUS NE POURREZ PAS DIRE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS...

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    Nathalie

  • A CE STADE DE LA NUIT, Maylis de Kerangal - récit

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    LE MOT DE L’ÉDITEUR :

    Lampedusa. Une nuit d’octobre 2013, une femme entend à la radio ce nom aux résonances multiples. Il fait rejaillir en elle la figure de Burt Lancaster – héros du Guépard de Visconti et du Swimmer de Frank Perry – puis, comme par ressac, la fin de règne de l’aristocratie sicilienne en écho à ce drame méditerranéen : le naufrage d’un bateau de migrants.
    Écrit à la première personne, cet intense récit sonde un nom propre et ravive, dans son sillage, un imaginaire traversé de films aimés, de paysages familiers, de lectures nomades, d’écrits antérieurs. Lampedusa, île de littérature et de cinéma devenue l’épicentre d’une tragédie humaine. De l'inhospitalité européenne aussi.
    Entre méditation nocturne et art poétique À ce stade de la nuit est un jalon majeur dans le parcours littéraire de Maylis de Kerangal.

     

    Publié une première fois en 2014 aux éditions Guérin, ce court texte de l'auteure de Réparer les vivants reparaît aujourd'hui aux éditions Verticales dans leur bien nommée collection "minimales".

    *

    Chaque chapitre débute par "à ce stade de la nuit". Suit une remémoration au fil des images qu'inspire à la narratrice ce mot palimpseste de Lampedusa. Page 41, elle se souvient qu'elle lisait Le Chant des pistes de Bruce Chatwin alors qu'elle traversait la Sibérie en train. "A l'origine du monde, un ancêtre créa la piste, engendrant toute chose en chantant son nom, si bien qu'aujourd'hui l'aborigène qui emprunte de nouveau ce chemin, et chante, renoue-t-il avec son origine tout autant qu'il recrée le monde. Chaque phrase musicale d'une songline fait ainsi voir un segment de sentier, chaque élément du paysage ressaisit un épisode de la vie de l'ancêtre, un moment de l'histoire du groupe humain".

    Plus tard, page 45 : " Cette nuit-là, surexcitée, j'ai imaginé que les songlines aborigènes, une fois rassemblées, composaient une représentation quasi intégrale de l'espace australien et servaient de topo-guide à quiconque désirait le pénétrer, et s'y déplacer ; j'ai visualisé les parcours innombrables qui s'entrecroisaient à la surface de la terre, ce maillage choral déployé sur tous les continents, instaurant des identités mouvantes comme des flux, et un rapport au monde conçu non plus en termes de possession mais en termes de mouvement, de déplacement, de trajectoire, autrement dit en termes d'expérience. J'ai divagué sur un chant qui décrirait, énumérerait, ramasserait toutes les songlines  en une seule forme, ce chant du monde."

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    Tout ça se passe de commentaires, non ?

    Les oeuvres de Maylis de Kerangal à la médiathèque

    Nathalie

     

  • LE MYSTERE, Rebecca Cobb - album jeunesse

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    Le mystère...

    et la joie de l'attente quand elle sait se faire promesse...

     

    "C'est chouette que quelque chose soit venu habiter chez nous. 
    Je ne sais toujours pas ce que cela peut être... mais je vais continuer à faire le guet... 
    J'attendrai... au cas où..."

    http://mediathequedeguer.opac3d.fr/search.php?action=Basket&method=admin_view_html&pid=3688

    Nathalie

  • LES LIVRES PRENNENT SOIN DE NOUS, Régine Detambel - essai

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    Cliquez sur l'image!

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    Cet essai précise son enjeu en sous-titre : "Pour une bibliothérapie créative". Mais pas d'inquiétude : nous n'avons pas à faire à un livre de recettes avec liste d'ingrédients obligatoires. Tout juste trouve-t-on en souriant quelques prescriptions de la psychothérapeute française Lucie Guillet qui chercha après-guerre à expérimenter les effets bénéfiques de la poésie sur le psychisme des nerveux et emprunte les fragments qui soulagent "à Corneille pour son côté stimulant, tonique, ses vers rythmés et mémorisables ; à Racine dont la bonne musique équilibre les irritables ; à Boileau, remarquable régulateur pour instables et agités",...

    Quant à Régine Detambel, cherchant à faire le point sur sa pratique, elle revient surtout aux sources théoriques qui l'ont nourrie et à la dette que tout lecteur et/ou écrivain ressent le besoin d'exprimer envers une littérature capable de changer les contours d'une existence, de l'authentifier, la réparer, de lui offrir à la fois protection et ouverture, Weltinnenraum (Rilke), espace intérieur du monde... Sa dette doit être immense puisque sa conviction est communicative et puis, il n'y a pas à dire, je ne connais rien de mieux, de temps en temps, pour réactiver la machine et nager encore un peu mieux dans le bonheur de lire qu'un bon livre qui parle des livres, effet miroitant, narcissique qui met du baume à l'âme et redonne de l'allant - comme un bon livre quoi!

     

    *

    Pourquoi ça marche ?

    Parce que les hommes s'efforceront toujours de faire partager les expériences qui les touchent le plus profondément.

    Parce que, de la naissance à la vieillesse, nous sommes en quête d'échos de ce que nous avons vécu de façon obscure, confuse et qui quelque fois se révèle, s'explicite de façon lumineuse et se transforme grâce à une histoire, un fragment, une simple phrase. Nous avons soif de mots pour permettre l'élaboration symbolique. Nous avons tous besoin de médiation, de représentation, de figuration symbolique pour sortir du chaos, intérieur ou extérieur. Tous, nous échafaudons des romans pour raconter notre séjour sur terre. C'est le propre de la narration que d'effacer l'idée même que le monde soit fragmentaire ; elle n'a sans doute pas d'autre but et c'est l'essentiel de la jouissance qu'elle procure. Elle comble les vides et ne joue des ellipses que dans l'éclat des transitions.

    (p.91-92)

    Lire, c'est avoir le pouvoir de se concentrer, de retenir, ne pas oublier qui parle, ce qui vient de se passer. Alors je me déconcentre, brutalement, pour me prouver que je suis capable d'avoir un pied dans chaque monde. Je lève la tête, je secoue le livre, je soupire parce que la phrase était belle, je répète quelques mots pour être sûre que ma mémoire atteint ma bouche. Je regarde dehors, je reviens au livre : cela s'appelle accommoder. Passer ainsi d'un monde si proche à un monde tellement lointain, s'accommoder du réel et de la fiction, avec la même aisance, c'est vivre heureux.

    (p.112)

    *

     http://mediathequedeguer.opac3d.fr/s/search.php?action=Basket&method=admin_view_html&pid=3286

    Petite bibliographie sur les lecteurs, tous disponibles à la médiathèque :

    http://mediathequedeguer.opac3d.fr/s/search.php?action=Basket&method=admin_view_html&pid=3285

    Enfin, pour en savoir plus sur la bibliothérapie :

    http://ie-bib.fr/

    Nathalie

  • ADAM & THOMAS, Aharon Appelfeld - roman jeunesse

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    ou comment deux enfants cachés dans la forêt apprennent à vivre, entre confiance, peur et questionnements...

    *

    LE MOT DE L'EDITEUR :

    Quand la mère d'Adam le conduit dans la forêt, elle promet de venir le chercher le soir même. « Aie confiance, tu connais la forêt et tout ce qu'elle contient », lui dit-elle. Mais comment avoir confiance alors que la guerre se déchaîne, que les rafles se succèdent dans le ghetto et que les enfants juifs sont pourchassés ?

    La journée passe.

    Adam retrouve Thomas, un garçon de sa classe que sa mère est également venue cacher là. Les deux gamins sont différents et complémentaires : Adam sait grimper aux arbres et se repère dans la forêt comme s'il y était né. Thomas est réfléchi et craintif. À la nuit tombée, les mères ne sont pas revenues. Les enfants s'organisent et construisent un nid dans un arbre. Ils ignorent encore qu'ils passeront de longs mois ainsi, affrontant la faim, la pluie, la neige et le vent, sans oublier les questions essentielles : qu'est-ce que le courage ? Comment parlent les animaux ? D'où vient la haine ? À quoi sert l'amour ?

    *

    Tous les enfants construisent des cabanes, j'ai construit des cabanes et rêvé de pouvoir vivre dedans, cachée, libre & en paix... Je ne sais pas si Aharon Appelfeld a eu le temps de rêver de cabanes avant d'être envoyé en 1941, à l'âge de 9 ans, dans un camp de concentration d'où il s'échappe pour survivre dans la forêt puis chez un paysan en attendant la fin de la guerre.

    A 80 ans, le poète et romancier israélien publie son premier livre pour enfants, confiant qu'il avait envie de retrouver quelque chose de l’enfance à l’état brut. Les adultes sont effectivement très peu présents dans ce roman et c'est bien ce mélange inimitable de l'enfance fait de sens pratique, de capacité d'émerveillement et de mysticisme qui permet aux deux garçons du livre de survivre à la guerre.

    Un nid n'est pas une cabane : c'est un refuge ouvert et suspendu, poste idéal pour guetter le danger aussi bien que les appels à l'aide. Adam & Thomas ne se contentent pas de se cacher et de survivre, ils portent secours aux hommes blessés, pourchassés par l'ennemi, qui croisent leur chemin. C'est ainsi qu'ils deviennent, selon la formule de leurs obligés, des anges.

    Aharon Appelfeld a forcément puisé dans ses souvenirs pour écrire cette histoire. Cet apport du réel suscite toujours de l'intérêt et ajoute en intensité pour l'adulte que je suis et qui a lu d'autres oeuvres de l'écrivain (toutes inspirées de cet épisode fondateur). On sent comme il a dû se faire plaisir aussi à "augmenter" le souvenir pour le rendre plus vivable (le garçon seul qui devient dans l'histoire inventée 2 garçons liés bientôt par une tendre amitié en est l'exemple le plus frappant) et à mâtiner le réel d'une ambiance de conte pour conjurer la peur. Mais c'est avant tout l'enfant en moi qui a été attiré par cette histoire de survie dans les bois. Une lecture par des enfants (je dirais à partir de 10 ans) devrait susciter des questionnements que l'adulte pourra accompagner mais devrait assouvir aussi il me semble leurs besoins, rêves et questionnements puisque le récit se situe bien à hauteur d'enfant.

    Je suis preneuse de retours de lecture...

    *

    Pour aller plus loin, un entretien avec Aharon Appelfeld et une analyse de son livre par l'Ecole des lettres :

    http://www.ecoledeslettres.fr/blog/litteratures/entretien-avec-aharon-appelfeld-a-propos-de-son-premier-livre-pour-la-jeunesse-adam-et-thomas-par-valerie-zenatti/

    Et bien sûr, les références complètes et la disponibilité de l'ouvrage sont visibles là :

    http://mediathequedeguer.opac3d.fr/s/search.php?action=BasketRecord&method=search

    Nathalie

  • LE BÂTISSEUR DE RUINES, Clarice Lispector - roman adulte

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    "un tourbillon de joie très fine"

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    Il y a quelque temps je découvrais cette auteure brésilienne via mon fil d'actualité... Il y a des premières fois à tout et certaines intuitions que l'on bénit... Depuis, j'ai lu Le Bâtisseur de ruines :

    "Il n'avait aucun projet précis et sa seule arme était le fait d'être vivant. En cette calme fin d'après-midi, il avait atteint une clairvoyance vide, à la fois humble et intense, qui le mettait face à face avec le coeur même de l'inconnu. Sa volonté continuait à avancer.
    A présent, systématiquement, chaque fois que Martin sentait le vent souffler sur une de ses joues ou sur la nuque, patient comme un âne, il corrigeait la direction de ses pas jusqu'à ce que sa bouche fût de nouveau frappée par l'humidité. Et ainsi, de temps à autre, la calme résonnance l'atteignait de nouveau et il avait l'impression de l'avoir créée. Sa lutte âpre et subtile menaçait de se prolonger indéfiniment.
    Mais quand il arriva en haut de la côte - comme s'il avait capté une illusion poursuivie toute sa vie et touché sa propre ivresse, il fut soudain emporté dans un tourbillon de joie très fine - l'air s'ouvrait en un vent tournoyant et libre. Et il se trouva plongé dans un bruit aussi insaisissable que si c'était la voix du couchant. 
    Il ne s'était donc pas trompé! Qu'était-ce ? Ce n'était que le vent. Qu'était-ce ? Mais c'était la cime d'une montagne. Son coeur battit comme s'il l'avait avalé. Il avait débarqué. L'atmosphère était d'allégresse. Une vide et vertigineuse allégresse, comme en resent mystérieusement un homme en haut d'une montagne. Il avait l'impression d'être tout près de la promesse qui a été faite à un homme quand il naît. Abruti, il ouvrit plusieurs fois la bouche comme un poisson. Il était peut-être arrivé au but : cette chose que l'on ne sait pas demander ; cette chose dont obscurément lui seul pourrait dire : j'y suis arrivé. Come s'il avait suscité le plus profond d'une réalité imaginée. Parfois l'on souhaite si ardemment quelque chose que notre souhait se réalise, ainsi se forme le destin des instants, et l'existence de ce que nous attendons : son coeur, désireux de battre largement, battait largement. Il était un pionnier qui foulait pour la première fois une terre étrangère, et le vent chantait, fort et magnifique."

    Gallimard, "L'Imaginaire", p.61-62.

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    L'ouvrage est disponible à la médiathèque et visible là :

    http://mediathequedeguer.opac3d.fr/s/search.php?action=Record&id=5614596708134649657&num=1&total=1&searchid=5555b72d7e59b

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    Pour aller plus loin :

    http://www.telerama.fr/livres/clarice-lispector-une-biographie-pourquoi-ce-monde,82440.php

    http://www.franceculture.fr/2015-03-19-clarice-lispector-saisir-l-etrangete-d-etre-au-monde#.VVWp4zrRoO8.facebook

     

    Nathalie

  • LE RENARD PERCHE, Simon Quitterie & Magali Dulain - album pour enfants

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    Un renard, immobile sur la branche d'un arbre guette l'horizon. Depuis combien de temps, nul ne le sait. Un petit garçon l'aperçoit, le rejoint. Le renard consent à sa présence et répond aux questions de l'enfant sans quitter des yeux l'horizon. C'est un ami qu'il attend. Alors l'enfant attend aussi... et commence à détester cet ami du renard inconnu qui se laisse si bien désirer.

    Ou comment de l'attente, du désir, de la patience aussi bien que de la jalousie peuvent naître les plus belles amitiés...

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    Regardez donc voir s'il est disponible et le cas échéant, réservez-le là! 

    http://mediathequedeguer.opac3d.fr/s/search.php?action=Record&id=8927179267823665268&num=1&total=1&searchid=55014fdb37d06

    Nathalie

  • LE BARON BLEU, Baum - Dedieu, album jeunesse

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    C'est une histoire de l'autre siècle.

    Quand on faisait encore la guerre à la main.

     

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    A cette note de libraire je n'ai rien à ajouter! http://croquelinottes.fr/site/le-baron-bleu/

    Si ce n'est que l'ouvrage est disponible dès tout de suite dans l'espace jeunesse de la médiathèque...

     Nathalie

  • PRICE, Steve Tesich - roman adulte

     

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            Cliquez sur l'image!       

    East Chicago, Indiana, années 60. C'est l'été, trois jeunes bacheliers inséparables vont voir leurs liens se dissoudre dans une sorte d'effarement tranquille, l'un d'entre eux, Price, qui donne son nom au titre de ce premier roman publié en 1982 aux Etats-Unis se fait lire son avenir par sa mère yougoslave dans du marc de café (sublime portrait de femme) et tombe amoureux illico d'une jeune fille insaisissable, son père transforme sa dépression en cancer mortel, l'usine de la ville semble être le seul horizon professionnel, toutes ces déflagrations se vivent dans une fièvre cotonneuse traversée par à-coups de fulgurances comme des promesses d'échappée hors de ce drôle de temps qu'est le passage à la vie adulte et à la prise en main de sa vie.

    Peu avant le dénouement plutôt lumineux du roman, Price est paralysé, aucune issue ne semble s'offrir à lui, il ne comprend rien, tout lui échappe. C'est alors qu'il entre dans une boutique et tombe sur un étalage d'agendas de l'année en cours soldés. Il en achète un lot, rentre chez lui, s'enferme dans sa chambre, en ouvre un et commence le journal d'un chien d'aveugle fugueur dont on vient de lui raconter l'histoire. Pourquoi ce chien, dressé à rester fidèle en toutes circonstances à son maître s'est-il enfui ? Comprendre le mystère des êtres en se mettant dans leur peau, les vivre de l'intérieur en écrivant pour eux, gagner ce faisant en clarté et en compassion, n'est-ce pas la tâche du romancier ? Le jeune homme remplit tous ses agendas, un pour chaque être aimé. Quand les cahiers seront remplis, sa vie pourra commencer...

    *

     On ne peut jamais vraiment tout savoir. Il y aurait toujours des aspects de Rachel qui m'échapperaient. Le comptable en moi ne réussirait jamais à en obtenir le portrait complet simplement en additionnant les images que j'avais d'elle. Le lutteur en moi ne parviendrait jamais à l'immobiliser au sol pour la définir une fois pour toutes. Peu importait le nombre de mots que j'écrirais et de journaux que je noircirais, l'ecrivain en moi n'arriverait jamais à expliquer la souffrance qu'elle faisait naître dans mon âme, ni à trouver le moyen de m'imposer dans son coeur, à l'exclusion de tous les autres. Elle était insaisissable. Et le désir que j'avais de m'insinuer en elle pour y recueillir des indices, tout comme j'avais fouillé dans les affaires de mon père, céda la place a un autre sentiment : le soulagement. Peut-être que mes efforts avaient été inutiles. Peut-être que, de toute façon, je ne l'aurais jamais vraiment comprise. A la regarder danser avec les flammes, je ressentis soudain une immense délivrance à l'idée d'avoir à accepter une bonne fois pour toute mon échec.

    *

    Du même auteur, aux mêmes éditions Toussaint Louverture, disponible à la médiathèque, Karoo.

    Nathalie

  • LOUONS MAINTENANT LES GRANDS HOMMES, James Agee/Walker Evans - essai

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    A ceux dont l'existence est rapportée.

    En gratitude et profonde affection.

    J. A.

    W. E.

     

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    J'ai fini l'année au coin du feu avec Louons maintenant les grands hommes, expérience singulière de lecture, et unique et qui me hante depuis, comme me hantent les visages photographiés par Walker Evans au début de l'ouvrage, avant même la page de titre et sans légende et notamment celui de Lucille Burroughs alias Louise Gudger, 10 ans, dont James Agee décrit la rencontre un soir d'orage dans sa maison, entourée de sa mère prostrée, effrayée par la tempête et de ses frères et soeurs. C'est un peu long mais impossible de couper avant le point!

     

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    “Il y a des espèces différentes en amitié : et en amour, et des choses qui se tiennent loin par-delà l'amitié et l'amour, qui peuvent être communiquées non seulement sans "sourire", mais sans rien de ce qu'on dénomme "chaleur" du regard, et ayant un peu pensé à ces choses, entreprenant d'oser, et de perdre ma conscience, je laissai tous ces éléments, autrement dit tout ce que j'éprouvais pour elle, tout ce que je pourrais lui dire des heures durant si les mots pouvaient tout dire, s'assembler dans mes yeux, et tournai la tête, et plantai mes yeux dans ses yeux, et nous étions assis là, avec entre nous une vibration croissante qui me rendit à moitié inconscient, de sorte que je persistais, au lieu, aveuglé et muet, de m'enfuir, comme il arrive à la guerre, ou de grimper à un pylône, et à faire comme je faisais je gagnais un force nouvelle par laquelle je me trouvais à un niveau autre, dans un monde nouveau, et je continuais de la regarder, et elle moi, chacun d'un regard "froid", "sans expression", de mon côté en y mettant un sentiment de protection, elle sans peur ou étonnement ou émerveillement, mais avec une qualité extraordinaire de réceptivité sereine, et de luminosité presque et d'application, sans révéler la clé lointaine, qu'il s'agît de chaleur ou de haine ou de curiosité pure et simple ; et à la fin c'est elle qui permit à ses yeux de se détacher et de relâcher, lentement, avec dignité, et elle les reporta sur la gorge plate de sa robe, et sur son poignet, et je continue de l'observer ; et après un moment, pas du tout long, elle lève les yeux de nouveau, et un visage imperceptiblement adouci, timide comme de connaissance, mais les yeux les mêmes qu'auparavant ; et cette fois c'est moi qui change, et montre de la chaleur, de sorte que c'est comme si je lui disais, dieux bons, si en ceci je vous ai causé quelque mal que ce soit, si j'ai commencé en vous quelque changement qui puisse vous faire mal, si je suis allé vers vous et vous ai touchée en quelque façon qui vous offense, pardonnez-moi si vous le pouvez, méprisez-moi si vous le devez, mais pour l'amour de Dieu n'ayez nul besoin d'avoir peur de moi ; c'est comme si le regard et moi n'avaient jamais été, quant à tout mal qui pourrait vous toucher de mon fait, quant à toute l'impossibilité où je serais de vous abriter : et à ce message ces yeux ne montrent ni la clémence ni le courroux, ni chaleur ni froideur, ni un signe quelconque disant qu'elle m'avait compris, ou pas, mais seulement cette même exultation sans effort, neutre et observatrice ; et c'est moi qui regardai à mes pieds.“

    (p. 388-389)   

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    Louons maintenant les grands hommes de  James Agee et Walker Evans, éditions Plon "Terre humaine", 2012  

    A emprunter ou réserver dès maintenant !

    Nathalie