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miam miam - Page 4

  • Mes "miam" livre de l'année 2013

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    Janvier n'est pas terminé, c'est encore l'heure des bilans, surtout que les parutions de ce début d'année ne sont pas encore arrivées à la médiathèque. Alors voici une petite liste des "miam" que je n'ai pas eu le temps de présenter ici durant l'année écoulée. Ils sont peut-être encore visibles en présentation, un marque-page inséré entre leurs pages ou ils ont retrouvé leurs compagnons en rayon. Quant aux livres déjà chroniqués dans ces pages, vous pouvez les retrouver dans la rubrique miam miam!

    Des idées de lecture donc, parmi d'autres et qui ne reflètent que mes propres faims et gourmandises...

     

    *

     Pour plus de renseignements, cliquez sur la couverture de chaque livre présenté!

     

    Une fille, qui danse de Julian Barnes, Mercure de France

    Tony, retraité divorcé à l'existence terne, se souvient quarante ans après qu'il aurait dû épouser Veronica. Mais elle lui avait préféré Adrian, le plus brillant de ses camarades et son meilleur ami, et peu après l'envoi par Tony d'une lettre pleine de rage et de déception, Adrian s'était suicidé. 

     Ceux qui veulent nier le passage du temps disent : quarante ans, ce n’est rien, à cinquante ans on est dans la fleur de l’âge, la soixantaine est la nouvelle quarantaine et ainsi de suite. Je sais pour ma part qu’il y a un temps objectif, mais aussi un temps subjectif… le vrai, qui se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée, quand les nouveaux souvenirs me sont soudain revenus, ça a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé… Comme si le fleuve avait coulé vers l’amont.

     

    *

     

     L'enfance d'Alan d'Emmanuel Guibert, L'Association

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    En 1994, Emmanuel Guibert, alors en vacances, rencontre par hasard Alan Ingram Cope, un américain retiré sur l’île de Ré. C’est le début d’une profonde amitié entre ce retraité de 70 ans, et le dessinateur âgé d’alors 30 ans. Très vite, Alan, en fabuleux conteur, se met à raconter sa vie à un Emmanuel Guibert émerveillé. Après la Guerre d’Alan, consacré aux périples du jeune soldat Alan durant la seconde Guerre Mondiale, Emmanuel Guibert s’attache à retranscrire ses souvenirs d’enfance. L’Enfance d’Alan est aussi un formidable témoignage sur la vie quotidienne aux Etats-Unis avant-guerre. On y découvre la vie d’une famille ordinaire, humble, et l’éveil d’un enfant à l’existence. Dans la description des jeux avec les enfants du voisinage, des moments vécus en famille, ce travail de mémoire touche à l’universel. Le talent de conteur d’Alan, et la grâce du dessin d’Emmanuel Guibert, apportent à ce témoignage une douceur pleine de l’innocence de l’enfance, et de la joie du souvenir.

     

    *

     

    Esprit d'hiver de Laura Kasischke, Bourgois

    Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...

     

    « Et si c'était elle, le grand écrivain contemporain ? Laura Kasischke, s'impose, livre après livre, comme la plus douée des romancières de sa génération. » François Busnel, Lire

     

    « Douce et inquiétante, experte en malaise phosphorescent et ouaté, de livre en livre, elle a su bâtir un univers sans pareil, suspendu dans la rêverie aveuglante qui précède toujours le drame, ce moment de flottement où la clairvoyance se débat pour se faire entendre. »
    Marine Landrot, Télérama

     

     

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    Automne de Jon McNaught, Nobrow

     

     

     Une journée ordinaire à Dockwood, petite ville du sud-est de l'Angleterre comme tant d'autres, avec sa salle de bowling, son lac de plaisance et son centre commercial. Le jour se lève, les habitants vaquent à leurs occupations : à la maison de retraite, le garçon de cuisine prépare le petit déjeuner, plus tard, le livreur de journaux commence sa ronde. Fauve d'Angoulême 2013 prix révélation.

     

    « Grâce à la description de ces tout petits riens, de ces détails, l'auteur crée une ambiance unique, presque magnétique, parfait contre-pied de la routine décrite, et cherche, semble-t-il, à révéler la musique intérieure des choses, écho poétique à la quotidienneté du réel. [...] En étant présent au temps et habitant leur existence, les personnages acquièrent au fil des pages une épaisseur et une densité rares, qui les rendent attachants. » 

    Olivier Hervé, Planetebd.com

     

     

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    Annabel de Kathleen Winter, Bourgois

     

     
    En 1968, dans un village reculé de la région du Labrador, au Canada, un enfant voit le jour. Ni tout à fait homme, ni tout à fait femme, il va faire l'objet de la décision de ses parents : subir une opération et être élevé comme un garçon. En grandissant, son autre moi, une fille à laquelle il pense sous le nom d'Annabel, ne disparaît jamais. Un récit sur l'ambiguïté sexuelle. Premier roman.
     
     
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    La Chambre de Lautréamont de  : d'après l'oeuvre d'Auguste Bretagne et Eugène de T. S. 
    un récit de Corcal, dessin et couleur d'Édith, Futuropolis
     
     
    Feuilletoniste à Paris, Auguste Bretagne habite dans une petite chambre où a vécu un jeune poète inconnu : le comte de Lautréamont. Une nuit, après avoir goûté du peyotl en compagnie d'Arthur Rimbaud, le jeune écrivain est réveillé par la voix d'outre-tombe de celui qui a écrit Les chants de Maldoror. Un récit fantastique et fantaisiste dans l'esprit des nouvelles du XIXe siècle.
     
     
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    180 jours d'Isabelle Sorente, Lattès
     
    180 jours
     
    180 jours, c est le temps qui sépare la naissance d un porc de sa mort à l'abattoir. Ce sont aussi les six mois qui font basculer la vie d un homme.

    Quand Martin Enders accepte de se rendre dans un élevage industriel pour les besoins de son travail universitaire, il n'imagine pas que le cours de sa vie va s'en trouver bouleversé. Par les secrets que lui révèle Camélia, le porcher. Et par les quinze mille bêtes enfermées dans les différents bâtiments.
    Fondé sur la propre enquête de l'auteur, dévoilant le quotidien surnaturel des animaux dans les systèmes de production industriels, 180 jours est l histoire d'une amitié entre deux hommes que tout semblait séparer, mais aussi celle de leur rapport aux bêtes.

     

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    Daytripper : au jour le jour de Gabriel  et Fabio Moon, Urban Comics

     Bràs de Oliva Domingos, fils du célèbre écrivain brésilien, passe ses journées à chroniquer les morts de ses contemporains pour le grand quotidien de Sao Paulo. La nuit, il rêve que sa vie commence enfin.

     

     

    *

     

    Comme les amours de Javier Marías, Gallimard

     

     

    Servie par une prose magistrale, habile à sonder les profondeurs de l’âme humaine mais aussi à tenir son lecteur en haleine, cette fable morale sur l’amour et la mort ne peut que nous rappeler, par son intensité, les meilleures pages d’Un cœur si blanc ou de Demain dans la bataille pense à moi. Comme par le passé, Javier Marías y dialogue avec les tragédies de Shakespeare mais également avec Le Colonel Chabert de Balzac dont il nous offre ici une lecture brillante, complètement inattendue et strictement contemporaine.

     

    *

     

    Come Prima d'Alfred, Delcourt

     

     

    Début des années 60. Suite à la mort de leur père, deux frères, Fabio et Giovanni, sillonnent les routes au volant d'une Fiat 500. Leur voyage, émaillé de disputes et de silences, de souvenirs et de rencontres, les conduira jusqu'à leur Italie natale, quittée depuis des années. Par bribes, le portrait de leur père se recompose et les amène à mettre en lumière leurs relations tumultueuses...

     

     

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     Canada de Richard Ford, de l'Olivier

     

    Great Falls, Montana, 1960.

    Dell Parsons a 15 ans lorsque ses parents braquent une banque, avec le fol espoir de rembourser un créancier menaçant. Le hold-up échoue, les parents sont arrêtés, et Dell a désormais le choix entre la fuite et l'orphelinat. Il traverse la frontière et trouve refuge dans un village du Saskatchewan, au Canada. Il est alors recueilli par le propriétaire d’un hôtel, Arthur Remlinger, qui le prend à son service. Charismatique, mystérieux, Remlinger est aussi recherché aux États-Unis...

    C'est la fin de l'innocence pour Dell qui, dans l'ombre de Remlinger, au sein d'une nature sauvage et d'une communauté pour qui seule compte la force brutale, cherche son propre chemin. Canada est le récit de ces années qui l'ont marqué à jamais.

     

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    La Leçon de pêche de Heinrich Böll

    illustrations d'Emile Bravo, Glénat

    Un pêcheur, qui se repose tranquillement après sa pêche matinale, est abordé par un touriste qui le bombarde d'idées ambitieuses pour construire un véritable empire industriel. Une fable qui montre que la quête du bonheur est plus importante que celle de la réussite.
     
    *
     
    Voilà!
    Et n'hésitez pas à partager vous aussi vos engouements : des marque-pages "miam" sont disponibles à l'accueil!
     
    Nathalie
  • DE L'INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES, Paul Newman - DVD

     

     

    Oh la belle initiative que voilà : les éditions Potemkine rééditent le deuxième film de Paul Newman, acteur-tombeur de ces dames qui, à l'instar de John Cassavetes n'avait d'yeux que pour une (de dame) et lui offrait des rôles magnifiques, tel que cette Béatrice Hunsdorfer (alias Joanne Woodward), veuve et mère de deux adolescentes, née un peu trop tôt pour vivre la révolution du Power Flower et un peu trop pauvre. Un peu trop zinzin aussi.

    Portrait borderline donc et sans concession d'une femme qui ne renonce pas et se bat, dans cette Amérique de l'ère Nixon qui laissa son lot de "pas gâtés" sur les bas-côtés... Une lueur d'espoir apparaît en la personne de la cadette, expérimentatrice des rayons gamma sur les marguerites, et qui parvient à ne pas subir l'influence-poison de sa mère. Le film termine sur elle en une scène douloureuse et apaisée. On sait qu'elle s'échappera pour mieux porter et diffuser sa foi. En la vie.

    Béatrice Hunsdorfer a des sœurs, nées également au tournant des décennies 60-70 et qui ont pour nom Wanda (Barbara Loden dans son propre film), Mabel (Gena Rowlands dans Une femme sous influence de John Cassavetes), Alice (Ellen Burstyn dans Alice n'est plus ici de Martin Scorsese), petites sœurs paumées que l'on n'a pas aidées sur le chemin de la libération mais qui ont su trouver une façon d'être, unique... et infiniment émouvante.

    http://www.dvdclassik.com/critique/de-l-influence-des-rayons-gamma-sur-le-comportement-des-marguerites-newman

     

    Nathalie

  • NUE, Jean-Philippe Toussaint - roman

     

    Dire d'elle ce qui jamais ne fut dit d'aucune.

    Dante

     

    lettre de Romain Rolland à Sigmund Freud le 5 décembre 1927 :

    Mais j'aurais aimé à vous voir faire l'analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (...) le fait simple et direct de la sensation de l'éternel (qui peut très bien n'être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique). 
     
    Depuis cet échange épistolaire, le sentiment océanique signifie communément l'impression ou la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est « plus grand que soi ») parfois hors de toute croyance religieuse.
     
    Le narrateur de Nue semble voir la femme qu'il aime sous cet aspect de l'éternité » (sub specie aeternitatis) cher à Spinoza. Et c'est sans doute parce qu'il a cette capacité de voir sous la surface de Marie (car tel est son nom!) le plus précieux que leur amour moderne côtoie l'éternel.
     
     
    Car de même qu'il existe un sentiment océanique, on pouvait parler, en ce qui concerne Marie, de disposition océanique. Marie avait ce don, cette capacité singulière, cette faculté miraculeuse, de parvenir, dans l'instant, à ne faire qu'un avec le monde, de connaître l'harmonie entre soi et l'univers, dans une dissolution absolue de sa propre conscience.
     
    (p.36-37)
     
     
    Et si vous voulez en savoir plus :
     
     
    Nathalie
  • LE MUR INVISIBLE, Marlen Haushofer - roman

    ou le journal de bord d'une "Robinsonne" forestière...

     

     Une femme tient son journal, retranscrit pour elle-même la matière des jours singuliers qui la façonnent depuis l'apparition du mur invisible... Ce mur, au-delà duquel toute vie semble figée l'enferme dans la forêt où elle séjourne. Et nous, lecteurs, lisons ce témoignage à la première personne en frissonnant, fascinés. C'est que cette femme écrit pour conjurer la solitude, donner sens à cette vie nouvelle qui lui est donnée/imposée, trouver le courage, jour après jour d'affronter la nature qui l'entoure, ne pas se laisser gagner par la peur ou la drôle d'euphorie qui peut vous prendre quand plus un seul humain mais seulement les lois de la nature, sa beauté, sa dureté ensorcelante ne viennent dicter votre avancée...

    J'ai retrouvé ce roman, découvert par je ne sais plus quel hasard il y longtemps, au détour d'une petite librairie spécialisée en SF et polar. Il trônait en devanture parmi les coups de coeur. Je n'ai pu m'empêcher d'exprimer à pleine voix les puissants souvenirs liés à sa lecture. S'en est suivi une longue discussion avec la libraire à propos de ce vieux roman méconnu mais qui marque quiconque a croisé sa route. Il a toute sa place dans un rayonnage de SF même si les données sciences fictionnelles ne forment que l'incipit du récit et ne sont que prétexte à dérouler des réflexions sur le sens de la vie, la nécessité de vivre en communauté, notre part d'animalité,...

    Expérience-limite, expérience humaine donc d'une femme qui ne connaît ni la nature, ni la solitude, ni la liberté écrit par une femme en Autriche au début des années 60, mariée, deux enfants, travaillant pour son mari et trouvant le temps pour cette double vie, vie volée.

    Ce livre pas récent, suivi d'aucune actualité vous attend donc pour continuer le fil de ses admirateurs discrets.

    Nathalie

  • AU-DELA DES COLLINES, Cristian Mungiu - DVD

    Au-delà des collines

    où la Roumanie n'en finit pas avec ses démons

    par l'auteur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours

     

    Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'avais vu 4 mois, 3 semaines, 2 jours qui m'avait bien secoué dans le genre glauque, mais que j'avais bien retenu aussi. Toujours est-il que je me mets, un soir en semaine, à regarder ce dernier long (pour de vrai, 2h30!) et que je tiens jusqu'au bout, mieux je ne vois pas le temps passer.

    Là où Mungiu vous emporte, c'est que, partant d'un fait divers qui avait défrayé la chronique (une jeune femme morte dans un couvent suite à des séances d'exorcisme et à des privations), il prend le temps, sans artifices mais pas sans intensité de comprendre comment l'horreur a pu prendre place, le crime avoir lieu. Surtout, il ne juge pas, pas plus la religion, l'ignorance que le communisme, il laisse le spectateur libre de se faire son idée, cela est bien agréable, on se sent un peu moins petit après un film comme celui-ci, on se sent moins en révolte qu'en questionnements.

     

    Quelques critiques :

    http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Au-dela-des-collines-4325.html

    http://www.telerama.fr/cinema/films/au-dela-des-collines,434026,critique.php

    http://www.lefigaro.fr/cinema/2012/11/20/03002-20121120ARTFIG00739--au-dela-des-collines-diable-de-film.php

    Et une interview éclairante du réalisateur :

    http://www.lavie.fr/culture/cinema/au-dela-des-collines-cristian-mungiu-s-explique-sur-le-sens-de-son-film-20-11-2012-33422_35.php

     

    Nathalie

  • POESIE VERTICALE, Roberto Juarroz - poésie


     

     

    Les saisons nous façonnent, les variations météorologiques s'imposent à nous et nous invitent à consentir aux ciels offerts. L'été nous a gâtés, nous en avons tous soupiré de soulagement, puis d'aise!

    La rentrée approche et les ciels francs et le soleil sont toujours là. Juste, un rien de vif, d'humide dans l'air du matin, des brumes qui tardent à se lever au dessus des eaux nous préparent doucement à la prochaine saison. Et c'est presque encore un soupir d'aise, comme une envie d'humus, d'odeur de pommes, une petite envie d'être triste même tiens.

    Alors un peu de poésie pour accompagner cette envie de recueillement, pour préparer les saisons intérieures à venir. Un peu de poésie qui ne correspond à aucune actualité, pour changer.

    Le Seuil propose dans sa collection de poche "Poésie Points" un choix de poèmes du poète argentin Roberto Juarroz, considéré comme l'une des voix les plus singulières et les plus importantes de la poésie sud-américaine du XXe siècle.

    C'est une poésie qui dérange nos certitudes et trouble par ses interrogations répétées. Une poésie dont Julio Cortazar a écrit: "Il y a longtemps que je n'avais pas lu de poèmes qui m'exténuent et m'exaltent comme ceux-ci ", et Philippe Jaccottet: " Dès les premiers vers, on entend une voix autre, décidée, tranchante et rigoureuse. "

    Voici quelques liens pour prolonger votre lecture, suivis d'extraits pour vous mettre en bouche...

    http://www.franceculture.fr/emission-poeme-du-jour-avec-la-comedie-francaise-poesie-verticale-45-2013-05-16

    http://www.maulpoix.net/juarroz.htm

    http://www.jose-corti.fr/auteursiberiques/juarroz-roberto.html

     

    ***

     

    Comment aimer l'imparfait

    si l'on écoute au travers des choses

    comme le parfait nous appelle ?

     

    Comment parvenir à suivre

    dans la chute ou l'échec des choses

    la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue ?

     

    Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait

    est une autre forme de la perfection :

    la forme que la perfection assume

    pour pouvoir être aimée. (VI, 7)

    // p.112

     

    ***

     

    Le ciel n'est plus une espérance,

    mais seulement une expectative.

    L'enfer n'est plus une condamnation,

    mais seulement un vide.

     

    Désormais l'homme ne se sauve ni ne se perd :

    simplement parfois il chante dans le chemin. (VI, 102)

    // p. 139

     

     ***

     

    Tu es mon plus complet abandon,

    mon immunité, ma zone franche,

    ce qui m'exempte de prendre soin de moi.

     

    C'est pour cela peut-être qu'en toi s'unissent

    mon souvenir extrême et mon extrême oubli

    et je ne sais si tu es ma compagnie

    ou si tu es déjà ma solitude. (VI, 94)

    // p. 137

     

    Nathalie

  • LE GARCON INCASSABLE, Florence Seyvos - livre


    Détails sur le produit

     

    Quatrième de couverture :

    « Ce matin, elle a la chambre d'hôtel pour elle toute seule. Elle est à Los Angeles. »
    Lorsqu'elle arrive à Hollywood pour y mener des recherches sur la vie de Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va la conduire au plus près d'elle-même, réveillant le souvenir d'Henri, ce frère «différent» qui l'a accompagnée pendant toute sa jeunesse.
    Henri et Buster ont en partage une enfance marquée par des expériences physiques très brutales, une solitude inguérissable, une capacité de résistance aux pires épreuves, une forme singulière d'insoumission. Et une passion pour les trains. À travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant.
    C'est ce mystère qu'éclaire Florence Seyvos dans ce roman dense et subtil.


    Buster Keaton dans "The Cameraman" (1928). (©AFP ImageForum)

     

    Article paru dans Le Monde (édition du 10. 05. 2013) :

    Rompus à l'existence
     
    Quoi de commun entre un jeune handicapé et Buster Keaton ? Deux destins convergent dans le nouveau roman de Florence Seyvos

    Le Garçon incassable s'ouvre sur une scène étrange : une femme française, venue à Los Angeles sur les traces de Buster Keaton (1895-1966), pratique un « exercice de convergence ». Pour rééduquer ses yeux, qui souffrent d'un strabisme divergent, elle doit fixer un stylo et le rapprocher lentement de son nez. L'image finit toujours par se dédoubler ; elle n'a pas la patience de continuer.

    De cet œil droit, qui « dit de plus en plus sérieusement merde à l'autre », il ne sera plus question dans le roman, pas plus que des exercices d'orthoptie censés le ramener dans la bonne direction. Mais c'est en quelque sorte sur eux que repose tout le roman, histoire de vision double et trouble. De convergences étranges.

    Le titre, avec son article défini, annonce pourtant un unique « garçon incassable ».

    Mais ils sont deux - sans doute parce que, à chaque fois que la narratrice en contemple un, l'autre finit par lui apparaître. Le garçon incassable, donc, c'est à la fois Buster Keaton et Henri, le demi-frère handicapé de la narratrice. D'un côté, le corps élastique, rompu à toutes les chutes, du maître du burlesque, celui qui ne prend jamais de doublure « parce qu'un cascadeur n'est pas drôle ». De l'autre, la carcasse squelettique d'un petit garçon qui vieillit sans grandir vraiment, avance comme « un bulldozer qui aurait perdu une chenille », et passe ses nuits le bras glissé dans un tube en plastique pour l'empêcher de s'atrophier. Deux vies qui n'ont rien de parallèle, mais qui se répondent par certains aspects, en tout cas aux yeux de la narratrice.

    « Un petit saligaud »

    Henri est arrivé dans sa vie à 9 ans, quand la mère de l'une l'a emmenée, ainsi que son frère, vivre en Afrique avec le père de l'autre. Un père qui a élevé seul le petit garçon, et qui pense que « les enfants, il faut les casser ». Alors il s'y emploie, en obligeant son fils à apprendre à marcher, ou en lui fourrant dans le crâne des listes d'expressions toutes faites. Mais, dit sa demi-sœur avec une tendresse et une admiration infinies, « Henri est un petit saligaud de roseau qui plie mais ne rompt pas » et qui, toute sa vie, fera en sorte de ne pas rompre.

    Buster Keaton, le roi de la chute, a été projeté dès son plus jeune âge par son père d'un bout à l'autre de toutes les scènes des Etats-Unis. Il s'est brisé étonnamment peu de membres au cours de sa vie passée à se jeter lui-même « dans les airs, dans le flot d'une cascade, du haut d'un immeuble, à travers un ouragan, sur une locomotive, à la poursuite de sa fiancée ». Le lien entre les deux hommes, c'est sans aucun doute leur « étrange détermination », qui pousse l'un à vouloir à toute force mener son existence propre, l'autre à se prendre pour un projectile, lancé à travers un monde absurde. C'est sans doute là que gît leur « petit noyau réfractaire », cette dimension irréfragable de soi, indifférente au temps qui passe, que Florence Seyvos traque dans ses (trop rares) livres (Gratia, Les Apparitions et L'Abandon, L'Olivier, 1992, 1995, 2002) comme dans les films qu'elle écrit avec Noémie Lvovsky (La vie ne me fait pas peur, 1999 ; Les Sentiments, 2003 ; Faut que ça danse !, 2007 ; Camille redouble, 2012). Retraçant ces deux destins, entre lesquels elle ne trace évidemment pas de signe d'égalité, Florence Seyvos marche sur deux fils, le burlesque et le tragique. Henri ne fait pas la différence entre les deux, Buster a toujours organisé leur collision, et c'est dans cet équilibre, cette double tension, que se déploie ce texte modeste et gracieux, superbement obstiné.
     
    Raphaëlle Leyris
     

     

    Et si vous voulez prolonger la lecture de ce livre inclassable (aucune mention de roman ou récit, refus des étiquettes ?) sur les deux garçons incassables, les films de Buster Keaton vous attendent à la médiathèque.

     

     Nathalie

  • LE ROMAN DU MARIAGE, Jeffrey Eugenides - roman

    Détails sur le produit

     « Elle attendait d’un livre qu’il l’emmène dans des endroits où elle n’était pas capable d’aller toute seule. » (p. 67)



    Le territoire incertain de l'adolescence vous fascine toujours, cet âge aux limites mouvantes où tout semble se jouer d'une vie, ou se déjouer ?

    Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes fut un de vos livres de chevet ou vous pensez régulièrement à le lire sans jamais le faire ?

    Le sort des héroïnes fougueuses des romans victoriens vous laisse à chaque nouvelle lecture plus songeu-r-se ?

    Ou bien, plus simplement :

    La question amoureuse vous intéresse toujours ?

    Vous avez envie, là maintenant d'un bon gros roman sentimental mais intelligent, aux personnages très incarnés et subtils, sachant manier tout ensemble humour, mélancolie et réflexion ?

    Ce roman est pour vous!

     

    La critique en a parlé, d'autant plus que son auteur sait se faire désirer (deux romans seulement depuis 1993 qui a vu paraître Virgin Suicides, adapté au cinéma par Sofia Coppola suivi de  Middlesex qui avait suscité moult éloges bien mérités en son temps) :

    http://www.telerama.fr/livres/de-jeffrey-eugenides,91595.php

    http://www.lesinrocks.com/2013/01/03/livres/le-roman-du-mariage-de-jeffrey-eugenides-a-la-hauteur-de-lauteur-culte-11337332/

    http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Les-romans-d-amour-finissent-mal-_NG_-2013-01-16-899775


    « Et c’est durant cette période que Madeleine compris vraiment en quoi le discours amoureux était d’une extrême solitude. La solitude était extrême parce qu’elle n’était pas physique. Elle était extrême parce qu’on la ressentait alors qu’on était en compagnie de l’être aimé. Elle était extrême parce qu’elle était dans votre tête, le lieu le plus solitaire qui soit. » (p. 97)

    Nathalie

  • UN PARADIGME, Jean François Billeter - essai philosophique

    ou la relation immédiate au monde.

     

    Quelques liens pour vous donner envie de lire ce court traité d'être au monde, limpide et apaisant comme un cours d'eau au printemps...

    http://www.editions-allia.com/fr/livre/618/un-paradigme

    http://culturopoing.com/Livres/Jean+Francois+Billeter+Un+paradigme+-5088


    http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-jean-francois-billeter-revue-hermes-2012-09-17

    http://www.lelitteraire.com/?p=3213

    Quant à moi, ce livre m'a offert un beau moment de paix, c'est-à-dire d'adéquation : sans connaître son contenu, je l'ai ouvert à la terrasse d'un café, de ceux que vante le philosophe pour l'état de disponibilité qu'ils offrent, et... tout s'est accordé.

    Il ne fallait sans doute pas en attendre moins de la part de ce grand sinologue. Mais attention : son apparente simplicité est le résultat, on le sent, d'un long cheminement, à la façon d'un calligraphe. Et à peine a-t-on lu la dernière page (sous le bruissement des feuillages pour ma part...) que l'on songe à reprendre la première, histoire d'être sûre d'avoir bien compris tant de simpicité...

    Nathalie

  • DERSOU OUZALA d'Akira Kurosawa (1975) - DVD

    Commentaire de l'éditeur :

    A l'été 1902, l'explorateur Vladimir Arseniev effectue avec son équipe des relevés topographiques dans la région de l'Oussouri, un territoire hostile aux confins de la Russie. Arseniev croise le chemin de Dersou, un chasseur hors pair qui connaît tous les secrets de la taïga. Dersou devient le guide de l'expédition et se lie bientôt d'amitié avec Arseniev. Ensemble, ils feront face à de terribles épreuves.

    Adapté d'une histoire vraie, film d'aventures autant que fable humaniste, Dersou Ouzala invite à la réconciliation des hommes et des éléments. Récompensée par l'Oscar du meilleur film étranger, c'est l'une des oeuvres majeures d'Akira Kurosawa (Rashômon, Les Sept Samourais, Kagemusha) et sans doute la plus belle histoire d'amitié jamais portée à l'écran.


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    C'est bien l'histoire d'amitié, teintée d'admiration qui nous charme dans ce film, autant que la vision d'une nature âpre et sublime, point de liaison entre ces deux arpenteurs aux vies opposées. Mais notre regard, plus que tout, suit celui d'Arseniev, hypnotisé par ce petit homme trapu qui évolue au milieu de la nature avec grâce, respect, joie et précision : en osmose.

    Bien que située en Russie, c'est par ce regard sur la nature (fascinante scène centrale où Dersou presse Arseniev de construire un abri pour se protéger d'une tempête qui enfle) que ce film de Kurosawa nous apparaît bien comme une oeuvre japonaise : il y a du samouraï contemplatif et au geste sûr dans ce Dersou-là...

     

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    Kurosawa (dans Donald Richie, The films of Akira Kurosawa) :

    La relation entre l'être humain et la nature va de plus en plus mal... Je voulais que le monde entier connût ce personnage de russe asiatique qui vit en harmonie avec la nature... Je pense que les gens doivent être plus humbles avec la nature car nous en sommes une partie et nous devons être en harmonie avec elle. Par conséquent, nous avons beaucoup à apprendre de Dersou.

     


    Nathalie